Le Myanmar a changé mais pas tant que ça

Le 9 décembre dernier, j’ai assisté avec mon équipe à un évènement inattendu qui bouleversera et mettra en émoi l’ensemble des habitants de la petite ville de Yenangyaung en Dry Zone, située dans le centre du pays, où se trouve aussi le bureau de terrain de Partenaires pour qui je travaille.

A cette période là, je dois m’y rendre pour faire le point avec mon équipe, visiter des villages et récolter des informations pour de futurs projets, c’est donc complètement par hasard que je me trouve là à cette occasion : Aung San Su Kyi doit faire une apparition en public dans la journée.

Plusieurs jours avant, tout le monde est déjà surexcité, les drapeaux du NDL flottent dans les airs et des portraits du général Aung San et de sa fille apparaissent petit à petit aux quatre coins de la ville.

Le Général Aung San, père de l'indépendance du Myanmar et de son unification ethnique
Le Général Aung San, père de l’indépendance du Myanmar et de son unification ethnique

Aung San Su Kyi, symbole de la liberté, d’ouverture et de démocratie, est adulée par la plupart des birmans, c’est donc un événement inoubliable de pouvoir apercevoir celle que l’on appelle la Dame de Rangoon.

Bien des personnes ont eu la chance de l’apercevoir à Paris ou ailleurs, mais les circonstances de cette rencontre restent pour moi exceptionnels, et ont bien remis les pendules à l’heure. Ne jamais oublié que les acquis dans notre pays ne le sont pas forcément ailleurs.

Région non touriste, on ne croise pas d’étrangers à Magway. Il faut un visa ONG et une autorisation demandée un mois avant pour pouvoir entrer légalement dans la zone. On ne vient donc pas là par hasard. Ce jour-là, je suis la seule étrangère à pointer mon nez au meeting.

La Dame a déjà commencé son discours lorsque nous arrivons sur place, les regards sont hypnotisés et les bouches ouvertes des habitants boivent les paroles qu’elle prononce. Seule sa voix résonne dans le grésillement du micro, puis tout à coup, la foule s’anime et les drapeaux s’agitent sous des applaudissements enflammés. Son discours se termine et tout le monde se disperse petit à petit, mais beaucoup restent devant la grille en attendant qu’elle sorte.

La Dame en plein discours
La Dame de Yangon en plein discours
La foule présente au meeting
La foule présente au meeting
Aux couleurs du parti, ils ont mis le paquet!
Aux couleurs du parti, ils ont mis le paquet!

J’essaie de m’avancer un peu pour prendre une photo quand elle sortira du bâtiment, mais au fur et à mesure les gens me laissent la place en me poussant devant eux et je me retrouve devant les grilles. On m’offre bouteille d’eau et parapluie pour me rafraîchir et m’abriter du soleil. Etonnant. Puis un garde m’interroge de l’intérieur pour savoir si je souhaiterai rencontrer la Dame. Je décline poliment l’offre en expliquant que je ne suis pas différente de tous ces qui sont venus l’écouter, mais quelques minutes plus tard, des rumeurs circulent sur mon compte, la « foreigner serait peut-être journaliste… » et nous devons rebrousser chemin, cela pourrait ne pas plaire aux représentants locaux du gouvernement. La réalité nous rattrape. Nous sommes en Birmanie et cet élan d’enthousiasme ne réjouit pas tout le monde et pourrait nous causer des problèmes. Travailler pour une ONG apolitique implique aussi de ne pas prendre de risques inutiles qui pourraient porter préjudice à d’autres sans le savoir.

Il n’en reste que ce fut un moment intense et riche en émotions !

Aung San Suu Kyi, décembre 2012
Aung San Suu Kyi, décembre 2012
Une réputation controversée

Les choses commencent à changer dans le pays depuis la libération d’Aung San Suu Kyi et les récents évènements qui ont secoué le pays ces derniers mois. La Dame, fille du Général Aung San, père de l’indépendance, est devenue l’emblème du pays à l’étranger et plus encore le symbole de la liberté et de la démocratie pour l’ensemble des birmans. Après plus de 15 ans passés en résidence surveillée, elle fut libérée en novembre 2010. Beaucoup ont espéré de cette libération et y ont vu un pas en avant pour l’accession à la démocratie et l’ouverture du pays (commerciale ou autre).

Mais ses silences prolongés sur les conflits interethniques, sa présence à la fête de l’armée, d’autres faits sur lesquels elle ne s’est pas prononcée ou encore plus récemment, dans le Bangkok Post du 25 mai dernier, où elle prend partie le côté d’une grosse société minière qui souhaite acquérir les terres de 26 villages pour mettre en place une nouvelle mine de « copper » et délogera tous les habitants sous son approbation, soucieuse de ne pas compromettre les relations avec la Chine. Faîte votre avis !

« After violent protest against the mine last November, during which human rights groups say the police used white phosphorous smoke grenades, the government established an inquiry led by Mrs Suu Kyi. To the relief of Wanbao (la société chinoise), the inquiry ruled that the compagny could continue to expand, and Mrs Suu Kyi, anxious to not alienate China, urged the farmers to cooperate with the project ».

Prix Nobel de la paix ? Les mots sont une chose, les actes une autre…

Ces réflexions n’engagent évidemment que moi, mais il est intéressant de regarder de l’autre côté du miroir et de s’interroger sur ce que l’on nous fait croire…

A bientôt pour de nouvelles aventures!

Aurélie

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